Si les -18 et -19 ne sont plus en courses pour les demi-finales, dans cette compétition inter-secteurs mise en place par la FFR, les -17 peuvent viser les demi-finales. Leurs adversaire du jour de la sélection PACA, entraînés par Marc de Rougemont et qui les ont battu à Dijon, sont aussi en course. Le match qui se tient à Sorgues, à côté d'Avignon, est quasiment un quart de finale car une des deux équipes peut rester sur le carreau.
Rappel : Le Nord-Est est une sélection de 5 comités : Ile de France, Flandres, Alsace, Franche Comté et Bourgogne. Elle est engagée dans la compétition inter-secteur.
VENDREDI
Avant de partir pour l'entraînement du vendredi, Raphaël et Alex, manager et entraîneur des -17, couchent sur un papier la séance des -17. Ils choisissent notamment entre un toucher fidjien et toucher néo-z. A coté, Mikael, l'ostéopathe de la délégation, dispense ses premiers soins à Olivier et Fabien ... entraîneurs des -18.
Sur un des terrain de Sorgues, aux tribunes chiches, les -17 verrons, entre autres, une technique pour sortir un joueur en tête de pont sur mêlée ouverte. Raphaël a trouvé cela lors d'une interview de Cheika sur l'équipe TV, avec un exercice similaire en arrière plan. Durant toue la séance, dans le droit fil de la journée, des la premier pied posé sur le quai, un mistral froid n'a eu de cesse de souffler.
Avec tout l'encadrement, sauf Mikael et Michel, manager général de -17, nous partons pour Châteauneuf du Pape. Le chef de la délégation a des connaissances. Nous arrivons ainsi chez Jean-Marie Boyer, du domaine de Jean Boyer. Jean-Marie, ancien centre de Chateauneuf, connaissance de Naas Botha, photo à l'appuis prise lors d'une séance de tirs au but en Afrique du Sud, nous reçoit pour une dégustation. Nous sommes dans un chai qui accueille aussi les retransmission de matches Des coupes et des trophées de rugby côtoient un vieux Wallaby sous les toiles d'araignées et la poussière du lieu. Allez comprendre, la montée pour sortir du chai semble plus pentue que ne l'était la descente...
De retour à l'hôtel pour le repas, Raphaël planche toujours sur sa composition d'équipe.
SAMEDI
La remise des maillots.
La vérification des licences avant la remise des maillots
D'abord les -18, après la mise en place du matin et avant le repas. Pour eux, aucune qualification possible mais pas question de galvauder ni la rencontre, ni la sélection. Olivier commence son discours sur les valeurs cardinales, les vertus dont la solidarité. Si lui gère une structure d'état de formation sportive en Bourgogne, Fabien a en charge de l'équipe de France B. Il rappelle qu'à titre individuel, ce match compte. Une bonne performance ne passera pas inaperçue. Il revient aussi au plaisir premier procuré par l'effort, celui connu par quiconque s'en donne les moyens, de la nationale 1 au Top 14 et au- delà... (et en deçà on pourra rajouter). Chaque ligne ou chaque paire de l'équipe récupère ses maillot, avec un mot particulier pour encourager tous les joueurs.
Puis les moins de 17. Alex, l'entraîneur des avants, un racingman de toujours, pure souche, était déjà dans la salle avec les -18. Raphaël entre en avance sur les joueurs et se dirige droit vers le paperboard : "mettre du rythme, faire du jeu" et, en lettres capitales "GAGNER, MARQUER DES POINTS, NE RIEN LACHER". Manu, l'entraîneur des arrières Alex et Michel sont en retrait et le laissent parler. Comme ses collègues, il aime le jeu, est généreux et positif dans sa pédagogie, les photos le montrent. Alors la fonction de manager prendrait-elle le pas ? L'importance du match est-elle inhibitrice ?
Les -17 joueront sur le terrain d'entraînement du matin, sans vent glacial de la veille, sans moucherons du matin.
L'attente dans les vestiaires, à mon sens, sera longue. Chacun est vite en tenue, s'assied à sa place, parfois tête prise entre bras et genoux, et pour certains le casque sur les oreilles. Chacun est dans sa bulle, personne ne parle.
Je n'ai qu'un petit vécu de rugby, n'ai connu aucune sélection, même au niveau régional. Mais ce vestiaire, concentré, m'a paru amorphe. L'arbitre est venu vérifier les crampons puis a parlé aux premières lignes. Les commandements en mêlée se feront en quatre temps, avec des rythmes différents pour le dernier, afin que les joueurs soient à l'écoute.
Alex mène ensuite l'échauffement et la motivation sur le terrain. En trottinant parmi les joueurs, il les voit, les sent et ne les harangue que mieux. Pêle-mêle: " Il y a une revanche à prendre par rapport au match aller à Dijon. Ces mecs n'avaient pas mérité leur victoire, il faut leur rendre la pièce. Et puis avec eux on sait qu'on va prendre des tartes dans la gueule. On le sait ! Alors on va y être ! Pour un quart de finale, car c'est un quart de finale, même s'il ne dit pas son nom, on va se la donner. Vous en jouez souvent, vous, des quarts, les gars ? Vous en avez déjà joués ? Peut-être que vous n'en jouerez plus de votre vie."
Puis il s'est extrait du groupe. S'il était redevenu joueur pour se fondre dedans et mieux le stimuler, maintenant c'est aux gars de se prendre en mains et d'aller se battre, une nouvelle fois. Comme disait Rives, le rugby permet aux jeunes de mûrir et aux vieux de rajeunir. Voilà le groupe livré à lui-même et pour l'instant recroquevillé. Epaules imbriquées, bras dessus, bras dessous, les corps sont serrés forment une boucle épaisse et mouvante. Casque contre casque, les regards sont alors dans l'ombre de cette coupole qui grogne. Puis les visage se lèvent, rougis ou blêmes. Les garçons avancent vers la ligne de touche au bas de tribunes principales. Théo, le demi-de-mêlée, est capitaine. A l'image des autres, il est déterminé.
Tous se maintiennent encore épaule contre épaule, alignés. À gauche de du terrain, les provençaux sont aussi cote-à-côte, attendant les bras ballants. Les arbitres traînent.
Debriefing de fin de match. Toute la délégation Nord-Est est incrédule mais heureuse. Elle a bel et bien gagné, pourtant l'équipe a souffert le martyr jusqu'à la fin. Notamment en première mi-temps. Dominée en mêlée, perdant quelques ballons en touche, bousculée et sur la plupart des duels, derrière, devant, ballotée sur les ballons portés, rendant au pied le peu de munissions dont elle disposait ... Qui aurait présagé d'une victoire ?
Déjà, marquer d'un trait le premier essai en pic and go, après 5 minutes à courber l'échine dans ses 22 mètres relevait de la gageure. Ce type d'action éclair, contre le cours du jeu, comme on dit, a scellé la partie. Car si le PACA, plus lourd, plus puissant, à l'image d'un premier centre en vue revenait et marquait 2 essais et une pénalité pour mener 8-15, il n'a jamais décroché le Nord-Est. Derrière la main courante, les supporters sudistes taquinaient et, présageant une victoire, se targuaient de la main mise des leurs sur la partie. Au passage, l'arbitre en prenait aussi pour son grade. Lui qui ne savait pas arbitrer les mêlées – comme tous les arbitres d'ailleurs – lui qui ne voyait pas les fautes des nordistes dominés.
Ils ont parfois le vent mauvais ces gens sur les mains courantes. C'est d'autant plus vrai quand ils le sentent tourner. Comme à la reprise, sur un essai tout en mouvement, en passes, sur une attaque classique et prise d'extérieur en trois temps de jeu. Action courte mais efficace. 15-15. L'un des supporters a alors indiqué aux siens: « Oh ! Vous êtes chez vous ! »
Profitant de sa puissance, la PACA en a remis une couche et concrétisé par un essai de son troisième ligne centre au départ d'une mêlée. A quelques minutes du dénouement, le Nord-Est qui a tant et tant subi est assommé. Lorsqu'il les rejoint pour la seconde fois sous les poteaux, Alex paraît aussi touché que ses protégés. Jambes écartées, mains sur les genoux, lui aussi semblerait sentir la fin mais son hésitation ne dure pas. Il parle aux joueurs, leur montre, repousse la désolation qui émerge.
Le PACA s'est-il trop consommé dans ses efforts. N'a-t-il pas mal joué pour marquer aussi peu en dominant tant. Par exemple, ce fameux premier centre a trop souvent gardé le ballons et manquer de discernement (voire d'humilité). De fait, la défense l'attendait et ses adversaires qui lui rendaient vingt centimètres et presque autant kilogrammes, lui laissaient des faux (ou des presque-faux) trous pour mieux le cisailler aux genoux par le coté ou l'arrière. Le jeu provençal s'en trouvait haché. Puis, cette équipe plus contrariée qu'en première mi-temps défendait toujours mal en reculant.
Ainsi, Théo, demi-de-mêlée avec beaucoup d'acuité, partit au ras d'un maul et avança en crochets. François, son ouvreur, en prompt attaquant vint récupérer à hauteur pour aplatir entre les barres. Transformation 22-20. Comme leur avaient demandé Raphaël à la remise des maillots, ces deux bons joueurs ont composé à cet instant une bonne charnière.
Le match est quasiment fini. Yacouba, flanker de course et de combat, récupère le renvoi. Au lieu de temporiser par un maul, il repart au défi, raffûte, avance et percute et reste debout. Le PACA est à nouveau sur le reculoir. Au regroupement, Badis, pilier en boule de muscle passé talonneur, arrache la balle pour la présenter à Théo qui ouvre.
Le premier centre, Max (Prat il me semble, ceci expliquant peut-être aussi que il) perce et fixe l'ouvreur adverse, un des malheureux de l'après-midi. L'ailier gauche du Nord-Est, un autre Théo, fraichement rentré, hérite de la balle dans son couloir. Devant lui, le désert et une oasis. Nonchalant de prime abord, là, il exulte. La meute est à ses trousses mais il sait et court porté par sa joie et poussé par celle du groupe. Revérification en coin : personne ne le rattrapera. Essai transformé entre les poteaux. Quelques secondes de jeu et fin du match. 29-20.
On salue les vaincus. Pour le débrief sur le terrain, les joueurs sont éprouvés mais heureux, donc. L'encadrement est aussi plus détendu. L'équipe revient de loin. Tout comme le Languedoc-Roussillon qui les avait remonté de 20 points et coiffé sur le fil trois mois avant. Il est des épreuves qui forment un groupe. Au fur et à mesure, celui-ci avance et se construit. Il n'a rien lâché, comme l'avait demandé Raphaël. Il a lutté avec ses forces et ses faiblesses et au gré des circonstances. Certains parleront un match improbable. Soit. Mais ne prête-t-on pas qu'aux riches ? Car tous ces garçons, aux talents et personnalités plus ou moins affirmés, savent jouer et sont empreints d'humilité, comme leur encadrement. D'évidence, il leur faudra progresser devant, et en mêlée et en touche et sur les ballons portés. Il faudra moins subir de façon générale. Mais comme l'ont relevé leurs entraîneurs, la sélection du Nord-Est comporte des bons joueurs avec de la personnalité et de la conviction. Alors pourquoi pas ?
Dans le vestiaire, Raphaël est toujours aussi calme mais nettement plus décontracté, il est pensif aussi. A ses pieds, les trois bouteilles de Champagne attendent d'être débouchées.
Pour le reste des photos, c'est là.
1) L'encadrement,
2) L'hôtel et les entraînements,
3) Le match -17.
Ca fait long à voir (à lire aussi, désolé) ,mais je crois que c'est sympa. Et je vais songer à faire du roman-photos...
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