Couché de soleil depuis les tribunes Bonnus.
La Banane est le café souvent associé au RCT. Son nom vient de l'immeuble qui l'abrite, à la forme de … banane. Ici vit Ludo, mon ami d'enfance. Celui qui m'a offert le match Toulon-Munster comme cadeau de Noël. C'est mon premier Mayol.
Vendredi
Le TGV arrive à l'heure en gare de Toulon. Week-end oblige, au petit rond-point, ça bouchonne. Des groupes de personnes planctonnent, « tranquilles ». les voyageurs sont hélés par les conducteurs agitant bras et donnant voix. Ce petit magma immobile et gigotant est bruyant.
Le match n'est pas encore d'actualité. Ou si peu. Sur le port, en approchant de Mayol, un munsterman est seul, attablé en terrasse face à la mer. Des pêcheurs au teint halé et à la face burinée rafistolent leur rafiot. En arrivant au stade, sur un immeuble de l'avenue de la République, une personne accroche deux petits drapeaux du RCT au balcon du premier étage. Hormis les cafés toujours pro-RCT, rien à signaler.
Mayol est en préparation. Il s'aère, prend son souffle. Les grilles de la rue Dutasta sont ouvertes et quelques personnels terminent leur journée. Tout est très calme et, pour un peu, pesant. En longeant la tribune sud, au-dessus du club house et de la boutique du RCT, une frise magnifique déroule les différentes époques du club. Le portrait d'André Herrero est central, au milieu des âges, au milieu des toulonnais. Comme un symbole, un totem. Il reprend son souffle. Seul son regard est clair, absorbé par la rencontre. La boue sculpte son visage et ses cheveux. Il souffre, il se bat, il est dans le combat. C'est ça, Toulon.
Le stade repose sur un parking et le terrain est surélevé. A l'autre bout du trottoir, un escalier ouvert monte vers la tribune Bonnus et le pré. Là, derrière les croisillons, avec les bagages à la main, je reste un brin ému. Rien ne bouge, pourtant le stade va gronder. On le sait, on le sent. Il est fait pour cela. Sa forme ne rappelle-t-elle pas le pavillon d'un instrument à vent.
Le soir, au centre commercial de Mayol, nous croisons Laurent Emmanuelli en train de pousser le caddie.
Samedi
Ludo me dit que les maillots du Munster s'affichent à Bandol. Sur le port de Toulon, ça se précise aussi. A la Banane, les tentes et buvettes sont montées. Tout frétille et moi avec.
Dimanche
A midi, la foule est joyeuse aux buvettes de La Banane, le coude sur le comptoir et le pastis aux lèvres. Le second grand écran géant est installé, les grillades grésillent et le cochon rôtit en vue d'un méchoui. Le foyer de braises constitué d'un demi-bidon de 500 L est posé à même le sol... à quelque mètres d'une station service avec le lavage de voitures juste derrière.
Bonzini pourrait presque être une filiale de la DDE, tellement les baby-foot sortent sur les trottoirs.
Coté tribune sud, les camions des télés sont connectés à des dizaines de câbles. En haut des gradins, la télévision britannique a installé un plateau avec la rade en fond. Quant au club house, il est plein. Les présentateurs de France 2 arrivent. Beaudou est souriant, Lartaud, clope au bec, boite bas. Ibanez, le consultant, l'ancien capitaine international, est souvent arrêté pour le souvenir.
A treize heures, tout se presse, s'intensifie. Ludo me guide à la rue Dutasta. Elle mène à l'entrée des joueur. Cette portion de voie est bondée. La foule toulonnaise attend ses guerriers. Parmi eux, quelques munstermen. Et le bus arrive. Je vous renvoie à l'article de L'Equipe de mardi dernier pour vous décrire cette arrivée vue côté joueurs. C'est une sépcificité bien toulonnaise, qui tourne à la mise en scène, au peplum, répétée pour chaque rencontre. Le bus s'arrête à l'intersection avec l'avenue de la République. Les cris et applaudissements affluent, forcent et se fondent dans des « Toulonnais, allez allez, allez !... » Mourad Boudejellal ouvre la voie, tel un général devant ses troupes. La foule s'écarte. Son lieutenant, PSA, est juste derrière. Les pas sont lents, le regard plombé vers le sol et l'esprit déjà au match. Les joueurs suivent ainsi l'un derrière l'autre, casque, écouteurs, ou rien sur les oreilles. Comme les autres, le visage carré de Joe Van Niekerk est fermé, concentré, grave. Cette attitude et cette allure rappellent Eric Champ.
Van Niekerk entrant dans Mayol.
Nous rejoignons nos places. Pour éviter la cohue sur le trottoir pour entrer dans tribune Sud, où le placement est libre, nous passons sous le stade, par le parking. Si vous êtes dans la même situation, pensez-y, c'est nettement plus rapide.
Alors que nous prenons l'escalier (le même que vendredi, pour le recueillement), c'est le bus du Munster qui pénètre dans Mayol, juste devant nous. Arrivé depuis cinq minutes à peine, Jonny Wilkinson est déjà sur le pré. Il s'échauffe par des coups de pied, répétant méticuleusement des gammes exhaustives. Et Tom Witford, en sparing partner, lui renvoie la balle. Cela durera 30 ou 35 minutes. A « m'ment donné » (Cf. Le fils à Jo), il bute, le ballon posé sur la ligne d'embut. Il touchera le premier poteau une fois sur cinq. L'a-t-il visé pour les quatre autres tirs? allez savoir. Cette précision laisse pantois et un brin rieur. Pensez, toute la rigueur, le travail et les qualités intrinsèques nécessaires (la marque de fabrique de Wilko) pour en faire autant sont si loin de nous. Contepomi n'arrivera que plus tard, il tapera quelques pénalités. Fernadez Lobbe saluera et plaisantera avec les arbitres lorsqu'ils s'échaufferont. Voici dix ans, qui aurait pensé voir des referees allongés le dos sur l'herbe, balancer les jambes dans des mouvements de souplesse ? Qui les auraient vus faire du gainage pour les muscles dorsaux ?
Le RCT sur de bons rails ?
L'animation du stade est destinée aux supporters du Munster comme aux Toulonnais. Les premiers reprennent ainsi un chant sur l'air du Toreador de Carmen et l'hymne irlandais Ireland Call. Si on les voit de loin, les munstermen (and women) sont éparpillés dans les tribunes. Ludo me disait 1500 environ, soit l'augmentation de capacité du stade, portée, grosso modo, de 13000 à 15000 places.
Boudjellal est à la sortie du couloir, les mains sur les hanches, une jambe tendue à la verticale, l'autre arquée vers l'avant. Il peut regarder et sentir son stade plein. Comme c'était le cas en 2009-2010 à Paris, et vraisemblablement à chaque match, il foule la pelouse, là aussi à pas lents.
La Marseillaise, la première de l'après-midi, est entonnée. Puis le Coupo Santo, l'hymne provençal, est repris par une groupe de cinq vocalistes, bras dessus, bras dessous, réunis au centre du terrain, avec les drapeaux des deux équipes à la main. Le public suit.
Le Coupo Santo.
Les circonstances du match sont exceptionnelles pour Toulon. Depuis le début de l'ère Boudjellal, le club a toujours progressé : Pro D2, Top 14 puis demi-finaliste, et maintenant la H-cup. Le voici avec la possibilité d'être parmi les 8 meilleures équipe du continent, de surcroît face à la première équipe au classement ERC. Celle qui l'a tordu par plus de quarante points au match aller à Limerick. Bref, c'est l'occasion pour Toulon de se racheter face à son peuple, de faire oublier la déconvenue du match aller, tout en entrant dans le gotha du rugby mondial.
C'est pourquoi, en ce dimanche, le Coupo Santo a connu un refrain supplémentaire.
Les compositions sont données en commençant par l'arrière.
Lorsque les Irlandais rentrent sur le terrain, nous sommes tous chauds-bouillants.
« Toulonnais, allez, allez, allez, ... »
Les hommes de PSA arrivent quelques secondes après ceux du Munster, regroupés en cercle. Devant le couloir, un homme en jean prend le micro du speaker. C'est le Pilou-Pilou. Et tous, nous grondons :
« Pilou ! Pilou !...
Pilou ! Pilou ! …
Haaaa ! … HAAAA! …
Rouge !... Noir ! ...
Rou ! Gé ! Noir !
Lalala lalala, lalala... »
Il rugit, ce cri, avec ces assonances en « ou » qui font peur dans « Toulon » et « rouge », et celles en « a » qui agressent... Il y a du sang et de l'ombre. Toulon, c'est l'excès et, à cet instant, on y est en plein.
Ce stade est magique m'a-t-on dit. La magie n'est pas fine, et ces incantations, cette exhortation de masse, elle vous saute à la gueule. D'évidence, la raison est celle du plus fort. Vous l'embrassez ou vous la dénigrez, comme les Irlandais submergés par leurs hôtes. Pour autant, le peu qu'ils sont chantent dans des voix fortes ou s'égosillent dans un cri rauque sans discontinuité. Si ces « Muuuunsteeeer » sont rasants, il faut bien reconnaître la performance physique des Irlandais, soutenue par une hydratation houblonnée conséquente. Par ailleurs au cours du match, voyant l'emprise du RCT, leurs « Fu... ! » sonneront comme un écho aux « En... va ! »
Criards, tristes, mais sympathiques.
Le match
Après sa course magistrale et l'essai de Sackey.
Le Munster a souffert.
Et maintenant ?
Les photos supplémentaires ici.
Enorme, ton reportage...
RépondreSupprimerOn y est
Merci M'sieur;
RépondreSupprimerSacré Reportage...Bravo!
RépondreSupprimerEt en plus tu as vu un grand match, tu peux remercier Ludo!
Très classe le reportage!
RépondreSupprimerJe t'ai d'ailleurs piqué un prise pour la publier sur "Esprit en mêlée"
Joli, Matthieu !
RépondreSupprimerMerci,
RépondreSupprimerJ'ai essayé de corriger toutes les fautes...
que du plaisir à te lire !
RépondreSupprimerBravo Matthieu ! :)
RépondreSupprimer(La rue, c'est Dutasta, du nom de ce professeur de philosophie né Bordeaux qui choisit Toulon…;)
Salut Christian,
RépondreSupprimerMerci. La correction est faite
A bientôt
Formidable reportage.
RépondreSupprimerEt dire que je n'avais pas pris mes billets pensant ne pas etre chez moi ce WE la......tout ca pour finir a le regarder a la tele.....affligeant.
Bravo a toi et sublimes photos.
a+ dans la region.