2011 01 08 : Stade Français-Stade Toulousain (29-3) : une question de standing



Autour du match.


Plus que jamais, le Stade Français est le club d'un seul homme, son président, malgré une plus faible participation dans le capital. Quintuple champion de France entre 1998 et 2007, il avait façonné et entretenu un groupe d'expérience et de caractère. Parallèlement, il a lancé LE calendrier, les matches au Stade de France. Un autre rugby. Un outre-rugby qui en voulait toujours plus. "Citius altius fortius", mais pas que... Plus d'argent, plus d'audience, de spectateurs...


Puis les vicissitudes des trois dernières années. Un continum bizarrement interrompu dans un changement d'ère. La transition loupée entre deux générations s'est révélée une mue laborieuse avec pertes et fracas. Exit l'ancienne génération (Laporte Dominici, Blin), départ de Galthié. Les limogeages de Mac Kenzie et de Delmas.


Si la nette victoire d'hier ne permet pas de croire à un lustre retrouvé, elle est positive et symboliserait la sortie d'une mauvaise spirale. La joie humble de Guazzini n'était-elle pas empreinte de soulagement. Bien-que face à un champion d'Europe moins concerné et misant sur une jeunesses moins aguerrie, prochaines échéances européennes oblige, ce succès redore les étoiles ternies du club le plus pailleté du pays. C'est aussi un succès populaire. L'ambiance était particulière au Stade de France, joyeuse aussi, et bien avant la partie. Quand les deux stades remplissent le Grand, les foules sont ne boudent pas leur plaisir. Chacune se répondait. Le stade vibrait, sans animosité particulière, sur de bonnes ondes. Au passage, au milieu des travées, cette houle qu'est la ola est impressionnante, presque effrayante. Tout ce monde qui se meut pour débouler sur vous... Agoraphobe s'abstenir.


Si Guazzini feignait le renouveau du jour comme il avait dénigré l'importance de la défaillance des dernières saisons, on sentait pourtant la reprise d'un fil bel et bien perdu contre les toulousains, au même endroit (0-29) l'an passé. Cela, tant sur le plan sportif que sur dans la relation au public aux allants positifs.


En outre, ce public avait-t-il déjà souscrit aussi massivement à un spectacle d'avant match ? Le jeune ténor, Amaury Vassili, et l'orchestre de musique classique ont été chaudement applaudis. Un bémol toutefois. Concernant, les motos, les quads, ça gigote mais parfois, ça n'excite pas grand monde. La limousine rose métallisée, elle contribue au folklore Stade Français. Quant au défilé historique, il mélangeait Antiquité, vieille Egypte, Moyen-Age, et Désert. Le tout donnait parfois l'impression d'un rapiècement de bric et de broc, un patchwork de scénettes  sensées divertir le plus grand nombre dans sa diversité. Depuis un an, je n'avais pas vu les parisiens à Saint-Denis et ce sentiment persisite... malgré la musique classique. Il faut dire qu'un spectacle unique, de plus grande envergure, doit être plus cher et plus risqué car moins général.


Le match


Question jeu, le parisiens ont fait plaisir à voir. Ce Gurruchaga, que de jambes ! Avec de l'allure, en plus ! A voir s'il progresse et s'il est toujours aussi vif et dans l'avenir. Toulouse gérait donc son effectif, avec des jeunes pousses soumises ensemble à l'épreuve du Grand Stade. Doussain en demi-de-mêlée et Bézy à l'ouverture étaient accompagnés de Nicolas en troisième ligne. Bézy, était clairement ciblé, à l'image du plaquage dur de Haskell. Il a donc chargé, mais a relevé le défi, se jetant par exemple aux chevilles de Bastareaud, de presque 40 kg plus lourd que lui. Quant à Doussain, volumineux musculeux, il n'a pas que le physique de Kelleher. Pour preuve, son échappée belle en début de partie en plein coeur des avants.


Globalement, la bouillie de rugby pointait du nez en première mi-temps. De la fébrilité avec fautes de mains et de défense. C'est Olie Philips qui trinquait avec un carton jaune. La sucette de chistera de Clerc qui amenait l'essai d'Arias, venu de son aile opposée (the right man at the right place, at the right time), donnait du piquant, malgré le match haché. Toulouse ne développait que peu, ne trouvait pas d'impulsion ni de continuité. Il se trouvait aussi bien heureux de récupérer deux touches quand son sauteur du milieu d'alignement était lobé...


Tout comme Dupuy, nantis de plusieurs tentatives, Doussain échoua trois fois au but et Fritz manqua un drop. Ce qui aurait soulagé les leurs, repoussé l'échéance, et peut-être amoindri le score final. Pour autant les toulousains ne fermaient pas le jeu... et les parisiens non plus. Si bien-qu'un ping-pong d'un autre type voyait le jour, à coup de turn-overs sans user de coup de pied. Ah! En voilà du changement. Fritz jouait une touche rapidement dans ses 22 mètres, Poitrenaud débordait sur l'autre aile avec Heymans – le fringant Heymans – mais Toulouse rendait sa balle. La contre-attaque parisienne n'attendait pas : un ruck et Beauxis tapait au ras derrière la défense. Il reprenait dans la foulée et courrait, courrait et courrait... trop court pour aplatir quand le long Jauzion le rattrapait du bout des doigts. C'est alors que poussé vers la touche en coin, Beauxis parvenait à remettre intérieur à Bastareaud qui marquait.


Des toulousains avec une défense plus lache? Un pack moins dense, moins expérimenté ? Soit, mais l'initiative et la réalisation parisiennes valaient le détour. Et son pack aussi, pas débordé en mêlées, avec un Parisse d'attaque. Beauxis, un peu crispé en début de partie, gérait bien au pied, ouvrait avec des longueurs de passes variées et intéressantes qui profitaient au jeu de son équipe. Dupuy semblait plus discret dans le jeu car il portait moins la balle. Mais il ne se trompait pas. Il y avait de la fluidité dans son jeu. Avec lui, le jeu coulait. Il alternait les rythmes, les zones de jeu, ses actions également, au pied et à la main. Un match parfait.


Pour la suite, espérons qu'il ne disparaisse pas pour faute et, pourquoi pas, qu'il revienne en Equipe de France. Il a déjà montré, en peu d'occasions qui plus est, qu'il avait réussi à en prendre et à en battre la mesure.


L'essai de Haskell, celui du bonus, était la cerise sur le gâteau. Notons aussi qu'il a remplacé Burban, titulaire. Quelle joie il a montré, ce James, à cet instant. Elle s'est d'ailleurs poursuivie après la rencontre avec un tour d'honneur réalisé au pied de la lettre. Alors que ses partenaires restaient entre les 15 mètres et les 22 mètres pour faire vite, lui et Phillips profitaient et tapaient dans les mains de tous et toutes placés sur le pourtour des tribunes basses.


L'avenir nous dira si Paris renait. Une qualification validerait le projet sportif de Cheika. Le projet de club de Guazzini serait renforcé, avec le nouveau Jean Bouin. Mais il est tôt pour tirer des plans et savoir si le club de la capitale retrouvera son standing.


Quant à Toulouse, s'il veut conserver le sien, même s'il a laissé filer aujourd'hui, Coupe d'Europe oblige, il doit peut-être commencer par conserver ses cadres. La transition entre génération a comencé mais doit s'accomplir.

1 commentaires:

  1. pierrot la tombalJan 12, 2011 06:18 AM

    Bel article Matthieu!

    Bon le Max y rabache un peu avec ses chars et la quiche dorée qui amène le ballon... Faudrait qu'il fasse un peu travailler son imagination.

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