Après la victoire poussive du Racing sur le Stade Français 15-13 dans une partie plate, Toulouse et Clermont marquaient autant de points en une mi-temps, le score final étant presque doublé. De là à penser que la qualité et les intentions de jeu dépendent aussi de la stabilité des clubs, puis des joueurs recrutés et des encadrements, il n'y avait q'un pas. Aujourd'hui, Clermont et la province du Leinster renforcent cette opinion. Jusqu'à la soixantième minute la partie fut attrayante, intelligente et indécise, chacun faisant valoir ses armes dans un jeu varié.
Au passage, est-ce une particularité française que de commencer les matches en moderato et d'être pris de vitesse ? Le Racing a aussi encaissé un essai d'entrée de partie, subissant la foudres d'une entame tonique des Saries, la barre tournée au grand large. Hier, Antoine écrivait que les Saracens avaient perdu avec panache, relançant avec force envie pour mourir à 21-24. La cause étant perdue, ou en passe de l'être, l'energie du désespoir passe souvent par le jeu à la main. C'est d'autant plus efficace que le vainqueur lève généralement le pied. Cela n'enlève rien au mérite des troupes de Berbizier, cuirassées à souhait. Mais il manque parfois un dirac dans la linéarité du jeu ciel et blanc, ce situmulus des émotions. Certes, la chistera de Wiznievski, le funambulisme de Nalaga... Pour autant, les percussion répétées de Stein, se dépétrant ensuite de défenseurs pour envoyer au partenaire le ballon et les adversaires à l'abordage, ça ne détend pas le canapé. Les retours de JMH à l'arrière, qui semble revenir un pied devant l'autre, et de Fall, amèneront-ils ce sucre ? Par ailleurs, j'apprécie beaucoup cette remise au goût du jour du demi-tour contact. Bergamasco en use souvent, Chabal et Qovu l'ont imité.
Le jeune centre O'Malley qui remplaçait BOD blessé, itou. A son image, quelle vivacité dans cette équipe du Leinster ! Quelle intelligence aussi ! Elle n'a cessé de vouloir confondre les auvergnats dont l'entame pataude a favorisé un jeu efficace des irlandais, au raz des regroupements et des mêlées ouvertes. Après son essai et l'égalisation des locaux, le Leinster a varié. Il étirait au large avec leurres et redoublées puis resserrait au près par des retours intérieurs. Sexton jouant de cet accordéon, la défense de Clermont, déjà quelque peu lache, dansait sur cette valse à dix temps de jeu parfois raide sur ses talons. Elle attendait, n'anticipant jamais sous peine d'être sanctionnée au score. Pour ce qui est des regroupements, combien de ballons ralentis au sol? Deux ou trois fois, Parra a aussi été pris dans la nasse. Combien de parasitages dans les groupés pénétrants auvergnats? Avez-vous aussi remarqué comment Leo Cullen et consort s'enroulaient tels des serpents autour du porteur de balle ? Non seulement ils bloquaient les bras du joueur, mais celui-ci avançant, le défenseur se plaçait alors sans trop d'effort derrière lui, empêchant la transmission du ballon. La mi-temps arrivait alors à point nommé pour des clermontois légèrement décontenancés par les cassures de rythme continuellement imposées par les irlandais, qui par exemple prenaient leur temps pour se positionner en touche.
Mais Clermont a du répondant et, surtout, ne s'affole pas. On peut déplorer les transformations de jeu lentes à se mettre en place, voire brouillonnes, sur changement de main ou retour sur la largeur. Malgré tout, les passes de James décalent toujours de façon lunineuse les individualités aguerries : Rougerie et Malzieu en tête aujourd'hui. Quant aux avants, ils savent la jouer épaisse et dure pour avancer balle en main. En fin de partie, Clermont a su privilégier sa défense de ligne, en disputant peu ou proue les rucks. Ce qui a payé, les irlandais, moins ingambes sur la longueur du match, s'étiolant dans un essuie-glace à la fin stérile.
Néanmoins, ils repartent avec un point de bonus mérité, score final 20-13. On se lèche déjà les babines du match retour, la semaine prochaine. Qelles tactiques ? Quelle forme physique aussi ? Pour se qualifier, Clermont n'aura d'autre choix que de l'emporter. Le pourra-t-il ? A voir.
Aparté :
Aujourd'hui, Olivier Roumat a démissionné de son poste de manager l'USD. En mars dernier, pris au vol, un ancien international lui demandait :
« Alors La Roume, qu'est-ce que tu fais ?
- Ben j'attends. J'ai demandé des garanties. Je veux bien m'engager mais pas sans rien.»
Et l'autre comprenait.
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