2010 11 07 : du XIII à Limoux






La blanquette et le rugby à XIII. Voilà deux évocations rapides qui vous mènent à Limoux, dans l'Aude ("Limoux, le pays des foux" en prononçant tous les "x" svp). Ici, c'est aussi une histoire d'amiitié. Et par Laurent, ancien joueur de XIII et maintenant co-président du XIII limouxin, j'ai mieux connu ce jeu, notamment avec le derby Limoux-Carcassonne, le 7 novembre dernier.


Laurent est un ami. Encore un connu sur les bancs de fac. Ce bosseur né, atterré par la foule qui « bulle » au Jardin des Tuileries, est toujours dans l'action. Mais pas de démesure ou de n'importe quoi. Son objectif est d'abord de réussir ce qu'il entreprend, d'aboutir. Joueur de foot au centre de formation de Martigues, il a suivi ensuite les pas de son père entraîneur du XIII d'Avignon. Il a touché du bout des doigts la sélection nationale junior au poste de centre. Son genou blessé l'a contraint à stopper toute activité sportive de haut niveau, comme son père de nombreuses années avant lui. Il jeta alors son dévolu sur les études avec succès. Parallèlement, il travaillait le week-end dans un café de Limoux. Après un intermède parisien de deux ans, expérience professionnelle et bac + 5 en poche, il est revenu aux sources. De fil en aiguille, sa société en travaux de voirie a vu le jour et il est devenu sponsor, dirigeant et co-président du Treize Limouxin.




Limoux est une belle cité datant de l'antiquité qui a pris son essor au Moyen-Age. L'Aude y coule dans un lit large et peu profond, sous quelques ponts en pierre taillée beige, la même qui constitue les bâtisses historiques du centre. Presque 10 000 habitants, c'est petit et grand à la fois. Petit pour qui se meut anonyme dans la jungle urbaine. Ici, tout le monde se connait. Grand car 10 000 habitants, c'est assez pour générer de l'activité, des enjeux économiques et politiques significatifs.


La réunion de mardi - discussion sur le XV


Chaque mardi soir, tandis-que juniors et seniors s'entrainent sur le terrain annexe, la réunion des dirigeants se tient au club house du club. Tous finissent autour des mets de la table ronde, un plateau coupé dans du préfabriqué et posé sur un tonneau. On y rit, les sujets sérieux qui touchent à la gestion du club connaissent un prolongement après la réunion. Ce soir-là, on parle aussi du XV. La rivalité est toujours présente. Rivalité sur les plans culturel et économique. Comprenez qu'entre Limoux et Carcassonne, XIII et XV inclus, il y a trois clubs de haut niveau en rugby sur 20 km. Pour un bassin de quelques dizaines de milliers d'habitants, n'est-ce pas trop ? Depuis la montée de l'USC* en pro D2, qui plus est avec un début de saison canon pour un promu (sans parler de la victoire à Pau le samedi suivant), à Limoux, on tord du nez. Le XV est à la mode et il attire sponsors et public. A tort question jeu, selon Laurent qui en a pris conscience la saison passée pour Montpellier-Toulouse. En plein hiver, au stade du Manoir, le froid engourdissait les corps et le match n'attisait point les ferveurs. A la mi-temps, le Stade Toulousain menait de 30 points. Le match plié, la seconde mi-temps était délaissée, le spectacle restait ennuyeux. Mais la réception était réussie, si bien que Laurent et son ami, comme les autres invités et partenaires, avaient globalement passé un bon moment. Quelques jours après, au stade de Limoux, ce même ami, néophyte question XIII ou XV, fut surpris par le niveau de jeu et l'entrain que suscitait une partie de XIII. A sa surprise, ce sport drainait moins d'affluence et moins de médiatisation que le XV, plus pataud.


Limoux-Carcassonne (20-16)


Côté sponsoring, le XIII avait déjà de l'avance sur son cousin du XV. C'est toujours le cas ici. L'animation avec les annonces commerciales est partie prenante de l'après-midi. C'est surprenant pour une ville de cette taille, d'un point de vue  quinziste. A XV, on n'est pas aussi entreprenant. Les pom-pom girls, bien-sûr. Elles dansent sur la musique programmée d'une table de mixage plutôt chiche. Elle ne couvre pas plus d'un format A3 et repose sur un contener-poubelle en plastique vert, juste à l'abri des tribunes, à quelques mètres des mains courantes. Le DJ suit le speaker qui dirige l'animation. Beaucoup de morceaux des 80's : Van Halen, Europe... et le « En rouge et noir » de Jeanne Mas, les couleurs des Grizzlies de Limoux. Sur le maillot, de la publicité, normal, mais en haut du dos, apparaît le nom de partenaires différents de joueur en joueur. Quand le joueur a marqué, le speaker ajoute «... avec son partenaire ...». Cette pratique génère des revenus supplémentaires. On la retrouve même pour les juniors de Carcassonne et de Limoux en lever de rideau. Un premier match truffé de marrons légers qui aura chauffé le public, présent pour ce derby à ne pas manquer.


En sénior, la première mi-temps est limouxine : 20-0, 3 essais à 0. Etonnamment car les gabarits carcassonnais, avec des iliens, sont plus puissants et plus rapides. Mais les jaunes et noirs semblent éteints. Les plaquages sont très virulents et parfois les épaules claquent au contact l'une de l'autre. Pour Laurent, soucieux de nature, malgré le score, aucun triomphalisme : "Ce n'est pas fait"... Il avait raison. Après la mi-temps, Carcassonne reviendra beaucoup plus joueur et percutant pour mourir à 20-16 avec une issue haletante. Il n'aurait pas fallu 5 minutes de plus à Limoux, courageux, qui pliait fort sans rompre. La foule, prise par le suspens et les actions très rythmées, vibrait à répétition pour un beau geste de ballon, une défense dure voire illicite ou un désaccord avec l'arbitre. Pas de répit, pas d'ennuis. Les limouxins pouvaient souffler après la rencontre. Gareth, le transfuge gallois de Carcassonne, levait les pouces vers le public. Fred, dit Tex, le manager sportif et ex-très grand joueur, « une légende respectée partout dans le monde » disait Laurent, se faisait encore du mouron. La saison sera difficile ? Ce lundi, une semaine après, à la septième journée de ce championnat Elite 1 de 10 clubs, Limoux est quatrième, juste devant Carcassonne.


Toutes les photos ici.


(*U pour union, le A pour association renvoi au XIII) 

2 commentaires:

  1. comme à l'inaccoutumé, ton écriture fait vire des émotions ...
    ça me donne envie d'aller voir un autre match de XIII!

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